Las entradas en las que me pongo íntima y confesional, por no decir patética y llorona, tienen el doble de vistas que las comunes con fotos y material de cosas que me gustan copiado de otras fuentes. No me arrepiento de mis lectoris pero me da curiosidad... Hola, hola, ¿estás ahí?
A medida que la noche se vuelve oscura, deja que tus preocupaciones se desvanezcan. Duerme tranquilo sabiendo que has hecho todo lo que puedes hacer por hoy...
Este es mi final feliz y me cuesta aceptarlo. Mijita me dice: "Ya te vas a acostumbrar al bien".
Anoche movía mis piernas debajo de mi hermosas sábanas, colcha tejida y acolchado mullido, mirando pelis, tejiendo, terminando novela genial y fechando esa lectura como marca de territorio, y me convencía a mí misma de que ya logré todas mis metas: de acá todo es plus de gozo.
A medida de que el culo se me tranquiliza, de que ceden los miedos a que algo salga mal, de que las aguas de la jubilación y la mudanza van aquietando sus sedimentos revueltos, empiezo a notar algo totalmento novedoso e inesperado: soy dueña de mí misma, de mi tiempo, no "tengo" nada que hacer y tengo todo por hacer, decido, me angustio de vacío y de llena, busco, me tropiezo con todo lo postergado tantos años, la tengo clarísima y lloro de oscuridad, odio profundamente a les odioses de mi vida y me olvido de todo lo que no sea yo yo yo yo (y mis papeles).
Transgressive, ambiguë, sans programme, avide d’être regardée, elle n’a rien d’une icône féministe. Au XXème siècle, Anaïs Nin (1903-1977) incarne une conscience émancipatrice troublante qui résiste aux théories. Aujourd’hui encore, ses écrits et sa vie questionnent parce qu’ils ébranlent certains tabous tenaces. Après le cinéma et la musique, c’est au tour de la bande dessinée de s’intéresser à l’autrice de La Maison de l’inceste. Dessinatrice suisse basée à Bruxelles, Léonie Bischoff dresse le modèle d’une contre éducation qui défie les arbitrages. Sa transposition des journaux intimes de l’écrivaine opère une synthèse entre le paraître et l’être d’une artiste qui fit de sa propre créativité un thème érotique.
Parisienne de naissance, Anaïs Nin migre à New York quand ses parents, artistes originaires de Cuba, se séparent. À cette époque, elle ne voit plus son père et se met à lui écrire. Elle a 11 ans. Les missives, interdites d’envoi, sont vouées à demeurer sans réponse. L’exercice épistolaire se mue en un besoin compulsif de se réinventer en phrases, dispositif où l’écriture se trouve d’emblée enchâssée dans une demande d’amour.
L’adolescente entame une brève carrière de mannequin avant de retrouver la France, en 1923, au bras de son mari, Hugh « Hugo » Parker Guiler. Installée à Louveciennes, elle se lance dans la rédaction de petites nouvelles, travail dont elle souhaite qu’il rivalise en intensité comme en imagination avec son Journal, lequel tend, en effet, à se distancier du réel.
Nullement gênée par la confusion des genres, Anaïs Nin fait de l’introspection le lieu d’un perfectionnement esthétique. La vie est une œuvre d’art qu’il faut mettre en scène. Les Journaux font l’objet de relectures constantes et de corrections. Ils sont également de redoutables porte-voix, des agents de séduction que l’autrice soumet au regard d’abord curieux puis avide des hommes auxquels elle cherche à plaire.
À l’époque où nous écrivions tous des histoires érotiques pour un dollar la page, je m’aperçus que, pendant des siècles, nous n’avions eu qu’un seul modèle pour ce genre littéraire – celui des hommes. J’étais déjà consciente que les conceptions masculines et féminines de l’expérience sexuelle étaient différentes. Je savais qu’un large fossé séparait la crudité des propos d’Henry Miller de mes ambiguïtés – sa vision rabelaisienne et humoristique du sexe et mes descriptions poétiques des rapports sexuels dont je parlais dans les fragments non publiés du Journal. — Anaïs Nin, « Vénus erotica ».
Une contre éducation
C’est durant cette période d’éclosion que survient la rencontre avec Henry Miller. L’embrasement est autant sexuel qu’intellectuel, Léonie Bischoff a raison d’insister sur ce fait. De leurs différences et complémentarité s’établit assez vite un rapport d’égalité, très loin du stéréotype du maître et de la muse. Affecté d’un appétit sans limite pour les femmes qu’il consomme en grand nombre, épouses, amantes et prostituées comprises, l’auteur de Sexus et du Tropique du Cancer a tôt fait d’initier la jeune Anaïs aux plaisirs crus d’une sexualité libre et exigeante. Ensemble, ils redéfinissent un pan de l’érotisme dont la dimension charnelle s’inscrit en continuité d’un dialogue. La passion physique comme le prolongement naturel de la passion des idées.
L’histoire que raconte La Mer des mensonges est donc celle d’une contre éducation. Anaïs Nin apprend que l’artiste qu’elle veut devenir ne peut pas rester une épouse respectable au sens où l’entend la norme sociale. À cet égard, il faut reconnaître que Hugo, le mari légitime, ne met aucune entrave aux projets de sa femme, que ceux-ci soient d’ordre professionnel ou intime. L’admiration semble l’avoir également de son côté conduit à se montrer plus moderne que son temps.
Vécue comme une pulsion érotique, l’écriture est un thème qu’Anaïs Nin ne se lasse d’explorer. De ce lieu privilégié au sein de l’auto-analyse, elle attribue à ses amants une valeur indexée à sa propre créativité.
L’étiquette transgressive qu’appelle sans doute, et aujourd’hui encore, un tel esprit de liberté, on voit bien qu’elle ne relève pas ici d’une volonté de se démarquer des autres. Aucune intention de révolte n’anime une conduite bien davantage née des circonstances et d’une nécessité intérieure. Dans sa démarche, Anaïs Nin se révèle plus individualiste que théoricienne. Par ailleurs tempérée par la crainte de blesser, la transgression advient, subtil pas de côté, en secret. Le mensonge, sans doute le mot est-il mal choisi et faudrait-il préférer un terme plus neutre, moins connoté moralement, celui de fiction par exemple, le mensonge est donc l’être que se choisit l’artiste. Manière de repousser les limites, extérieures et intérieures, acte d’appropriation d’un espace mental infiniment modulable et disponible.
Points culminants
L’ennemi de l’amour n’est jamais à l’extérieur, ce n’est pas tel homme ou telle femme, c’est ce qui nous manque intérieurement.
— Anaïs Nin, « Une espionne dans la maison de l’amour ».
D’innombrables aventures, un remariage sans divorce, des avortements… Aux hommes et aux femmes qui la sollicitent, Anaïs Nin dit rarement non. L’accueil favorable qui n’a rien d’un abandon relève d’une curiosité, d’un intérêt toujours et avant tout intellectuel. Amants et amantes font partie du quotidien d’Anaïs Nin, en commençant par l’épouse de Henry Miller, la réputée sulfureuse June Mansfield. Outre ses conquêtes féminines, Anaïs ne se refuse ni au charme de ses confrères en littérature (Antonin Artaud, Edmund Wilson, Gore Vidal, Lawrence Durell…), ni aux avances de ses célèbres psychanalystes (René Allendy et Otto Rank). Enfin, elle ne résiste pas non plus à l’attrait toxique des hommes de sa famille. Pour évoquer cette histoire avec son père, un inceste consenti, consentement sans limite dira l’écrivaine, Léonie Bischoff inverse sa palette et entrouvre un chapitre d’un noir absolu. On en ressort par l’image d’un miroir brisé. Pour autant, on ne parlera pas de traumatisme, tout au plus de crise émotionnelle. L’épisode compte parmi ces paroxysmes qui jalonnent une vie précisément construite sur une soif d’intensité appelant ce genre d’événements à se reproduire. Dans ses mots à elle : des instants de révélation.
À défaut de pouvoir théoriser sur une œuvre dont le propos n’est qu’œillades et miroitements, on s’arrêtera sur son caractère étonnamment lucide. La lucidité est une théorisation de soi qui ne prétend pas déborder du cas particulier qu’est son objet. Ce point de vue fragile, l’écriture le consolide et en fabrique des généralités. Quel meilleur exemple que Proust ou Barthes, dont les discours sur l’amour nés de leur désenchantement et de leurs incapacités personnelles font désormais office de loi en la matière ?
Ainsi peut-on expliquer la fascination qu’exerce Anaïs Nin sur nombre de féministes qui cependant ne se reconnaissent pas dans son vécu. Membre du Collectif des créatrices de bande dessinée contre le sexisme, Léonie Bischoff ne fait pas exception et Sur la mer des mensonges se joue de cette dissonance en faisant de l’hommage une forme d’exutoire.
La complexité se résout dans un dessin foisonnant, apte à générer ses propres figures de style. Prenant au mot l’écrivaine qui disait de son journal qu’il était son double, son miroir, son reflet, son âme sœur, la dessinatrice l’exhibe comme un personnage à part entière. Longue chevelure défaite, Anaïs s’apparaît à elle-même dans un dialogue habile et mystificateur. Il serait en effet trop simple de montrer que la voix intérieure l’emporte sur le paraître social, que le désir est sage et la sagesse folie : le mensonge (la fiction) dissout tous les contours du réel. La lucidité réside dans l’énonciation de toutes ces contradictions.
Suivant ce principe, le dessin réalisé aux crayons de couleur, violet et multicolore, puise dans un registre végétal des motifs de l’Art nouveau et de l’Art déco qu’affectionnait le Paris de l’entre-deux-guerres. Tout en courbes et en sinuosités, l’adéquation des décors à l’évolution de la psyché du personnage est enivrante. Lorsque l’histoire débute, on découvre une Anaïs presque fleur bleue, naïve et confuse. Les floraisons qui l’accompagnent sont tendres et fraîches. Puis, à mesure que l’expérience et que la vision se précisent, le caractère ondoyant, inquiet, tentaculaire du végétal prend le pas sur la sensualité douce des premiers émois.
Immédiatement identifiable avec ses grands yeux, sa silhouette de danseuse et ce nœud de serpents qui lui tient lieu de chevelure, Anaïs Nin s’identifie alors pleinement à ce tissu de forces, de matières et de fantasmes qu’est le Journal, dont l’influence sera telle que jamais l’artiste ne parviendra à l’égaler dans ses œuvres de pure fiction.
Bande dessinéeAnaïs Nin séduit entre désirs et mensonges
La Genevoise Léonie Bischoff réinvente la sulfureuse écrivaine dans un roman graphique sensuel dessiné au crayon à mine multicolore.
Philippe Muri
Ed. Casterman
Il lui aura fallu huit ans de réflexion, pas mal de doutes et de tentatives graphiques diverses pour mener à bien son projet le plus ambitieux à ce jour. Le plus réussi aussi. Avec «Anaïs Nin. Sur la mer des mensonges», Léonie Bischoff signe un des plus beaux livres du moment. Après avoir adapté avec le scénariste Olivier Bocquet trois romans de Camilla Läckberg en bande dessinée, la Genevoise établie de longue date à Bruxelles s’est lancée en solo dans un roman graphique consacré à la pionnière de la littérature érotique. En près de 200 pages réalisées au crayon à mine multicolore, elle dépeint la personnalité et suit l’éclosion artistique de l’écrivaine américaine durant la première partie de sa carrière. Puisant dans la sensualité des écrits de son modèle, la dessinatrice met notamment en images la relation fusionnelle de Nin avec l’écrivain Henry Miller, ses amours multiples, sans passer sous silence des moments plus sombres. Un album essentiel, nominé à juste titre pour le Prix Töpffer Genève 2020 décerné début décembre à la HEAD.
Ed. Casterman
Anaïs Nin, c’est une vieille connaissance?
Léonie Bischoff: Je devais avoir une quinzaine d’années quand je l’ai découverte. J’ai toujours adoré lire. À l’époque, à Genève, je faisais pas mal de baby-sitting. Une fois les enfants couchés, j’aimais explorer les bibliothèques des gens chez qui je me trouvais. Je suis tombé sur «Venus Erotica», ça m’a intrigué. Plus tard, j’ai découvert différents volumes de ses «Journaux» au marché aux puces. Ceux-ci concernaient la période dont je parle dans l’album, les années 1928 à 1934, à mon avis les plus faciles pour rentrer dans son œuvre. Depuis, Anaïs Nin ne m’a plus quittée.
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Qu’est-ce qui vous a fasciné dans sa personnalité?
Elle reste très ambiguë sur tout. On peut désapprouver certains de ses choix et en admirer d’autres. J’aime bien cette ambivalence. Mais je crois que ce qui m’a le plus attirée au début, c’est que je me reconnaissais un peu en elle en tant qu’apprentie auteure de BD. Anaïs Nin évoque volontiers sa lutte pour trouver sa voix en tant qu’écrivaine. Un miroir à mes propres questionnements.
Ed. Casterman
Vous êtes-vous retrouvée dans sa difficulté à sublimer la matière brute?
Oui, à la différence qu’Anaïs Nin a toujours eu la certitude qu’elle avait quelque chose à dire, qui méritait d’être entendu. Quand j’ai commencé la BD, j’éprouvais passablement de peine à trouver des sujets qui me touchent personnellement tout en possédant une portée plus universelle. Comme je n’ai jamais ressenti l’envie de m’exprimer à travers l’autofiction, j’ai pu à travers elle explorer des combats qui ont été les miens, ou qui le sont encore.
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C’était intimidant de s’attaquer à un tel monument?
Complètement. J’ai commencé à penser à cet ouvrage en parallèle des adaptations que je réalisais avec les polars de Camilla Läckberg. À chaque fois je ne me sentais pas prête. Je ressentais une peur profonde de gâcher cette matière première. Je suis vraiment fan des écrits d’Anaïs Nin, ce qui n’est pas le cas avec les romans de Camilla Läckberg. Chez l’écrivaine suédoise, l’écriture en elle-même compte moins que l’histoire. Tandis qu’Anaïs Nin a par moments des formulations parfaites. J’ai repris certaines de ses citations telles quelles ou quasi telles quelles. J’en ai reformulé d’autres légèrement, pour des questions de place.
Ed. Casterman
On réduit souvent Anaïs Nin à sa prose érotique. Vous n’éludez pas les scènes de sexe, mais les représentez de manière imagée avec des métaphores végétales ou marines. Une symbolique qui fait partie de son œuvre?
Ce sont des petites touches dans ses écrits. Comme j’ai une imagination très visuelle, cela m’évoque des images quand je les lis. J’aime ce côté onirique et allégorique. Cet aspect sensuel fait partie des raisons qui m’ont motivée. Par rapport aux scènes de sexe, je voulais transmettre quelque chose de l’ordre du ressenti davantage que de montrer le corps d’Anaïs Nin. Il ne s’agit pas de sexe à but d’excitation, comme dans la BD érotique traditionnelle.
Anaïs Nin revendique son droit au mensonge. Parce que cela lui donne une plus grande liberté de créer? Pour vivre plusieurs vies à la fois?
Les deux à la fois. Elle sent qu’elle a besoin d’explorer amoureusement, d’entretenir des relations avec des personnes différentes parce qu’à travers chacune d’entre elles, elle peut faire émerger d’autres facettes d’elle-même, explorer d’autres horizons. Elle était polyamoureuse avant l’heure. En même temps, elle a très peur de blesser ou de perdre les gens qu’elle aime. Elle dissimule un gros traumatisme d’enfance, une peur terrible de l’abandon causée par le départ de son père du domicile familial.
Léonie Bischoff: «J’ai commencé à penser à cet ouvrage en parallèle des adaptations que je réalisais avec les polars de Camilla Läckberg.»
Bénédicte Maindiaux
Un père peu reluisant. Vous montrez un épisode d’inceste subi enfant et prolongé de manière consentie à l’âge adulte. Une scène difficile à évoquer?
Ça a été la plus dure. Dans ses journaux c’est un passage très explicite, très graphique. Anaïs Nin parle avec force détails du sexe de son père. Un peu dur à lire, mais en même temps cela fait tellement partie de son personnage que je ne voulais pas l’éliminer. Pour moi, il s’agit d’une des clés pour comprendre pourquoi elle ressentait une telle faille, un tel besoin de séduire.
Graphiquement, vous utilisez un crayon à mine multicolore. Une façon d’apporter une vibration inédite au trait?
Au départ, j’ai effectué différents essais, notamment au fusain. Je cherchais dans les illustrateurs des années 1920-1930 des sources d’inspiration. Mais je ne trouvais rien de satisfaisant. Mon amoureux m’a suggéré de tester ce crayon dont je me sers dans mes carnets de croquis et en dédicaces. J’ai pu jouer avec les nuances qu’apportait la mine multicolore. Le dessin s’en trouve plus épuré, plus léger. Du coup, on porte peut-être plus d’attention aux regards ou aux gestes.
«Anaïs Nin. Sur la mer des mensonges», par Léonie Bischoff. Ed. Casterman, 192 p. Exposition galerie Papiers Gras, 1 pl. de l’Ile, dès le 29 octobre.
Philippe Muri est journaliste, coresponsable de la rubrique culturelle. Il couvre en particulier la bande dessinée et les sorties culturelles. Il a également travaillé comme journaliste sportif ou chef d'édition aux quotidiens «Le Matin» et «Le Temps», ainsi qu'à l'hebdomadaire «L'Illustré».